20.09.2008
Ma vie au commissariat
Si vous suivez le feuilleton de la vie des Manu's, vous avez peut-être lu au coin d'une note que l'héritier number tou s'était fait emprunter son portable et son MP4 par trois lascars qui lui ont demandé ses affaires fort aimablement avec cette phrase absolument délicieuse "vas-y cousin, fait péter ton mobile, ou je te plante"
Après avoir fait opposition auprès de l'opérateur de couleur, l'aimable (également) agent de réponse au téléphone me dit "on vous envoie une nouvelle carte SIM dans les 48 heures" - aaaaahhh - "c'est 20 euros" -ooooohhh - "on vous les rembourse si vous envoyez la déclaration de vol" - eeeeehhhhh -
J'ai failli lui dire "vous chiez dans la colle chez l'opérateur de couleur" "chez cefere c'est gratos"...
Mais je me suis retenue. Car le monsieur, comme je vous l'ai dit, a été fort aimable et bien urbain.
Hier soir, donc, j'ai traîné mon rejeton (le seul et unique en ce moment, car l'autre est parti danser le kazatchok en Pologne, soit-disant pour ses études) au commissariat central du quartier. C'est bien pratique, il est pas loin de chez moi.
Après deux allers-retours parce que :
1. Il fallait les papiers du mobile (que je n'avais pas)... Et qu'on ne m'a jamais demandé par la suite - notez bien.
2. Il fallait une pièce d'identité. Stupide moi, comment ais-je pu ne pas penser qu'on ne me demanderait pas mes papiers dans un commissariat ?
On s'est inscrits à l'accueil et insérés dans la file d'attente.
Prévoyante, j'avais amené un bouquin.
Que j'ai lu, un peu, et rapidement abandonné. Pourquoi ?
Parce que la salle d'attente d'un commissariat central ressemble à une sitcom et que, parfois, c'est mieux qu'à la télé.
Parfois c'est drôle. Parfois c'est tragique.
Nous avons eu en vrac :
- 2 vols de portable (dont le notre) avec un père particulièrement remonté qui voulait litteralement karchériser toutes les banlieues et remettre la guillotine en vigueur. Voire déclencher une guerre pour y envoyer "tous ces petits cons, ça leur apprendrait la vie". D'où un débat philosophico-politique vigoureux entre lui, une dame d'un certain âge tendance baba-cool rescapée de 68, moi ET le planton de service qui s'emmerdait ferme et a donc pris part aux délibérations. Nous avons quand même réussi à faire fermer son clapet au néo-réac en lui faisant comprendre que la chaise électrique n'était pas une solution. J'ai même asséné l'argument définitif en lui disant qu'aux USA on grillait les gens à la chaîne et que la criminalité ne baissait pas pour autant Le planton de service était mort de rire.
- Une maman et son fils victimes d'insanités téléphoniques
- Une petite jeune fille toute mimi qui venait déposer une main courante pour harcèlement.
- Un lascar venu là je ne sais pas très bien pourquoi, à qui la plantonne (oui, car les plantons tournaient régulièrement il y avait 2 plantons et une plantonne en alternance) a dit de revenir lundi. Le keum furieux sort en hurlant "Commissariat de pédés, ici". La plantonne très calme lui répond "oui, et on en est fiers, Monsieur". Le type se barre. Le réac dit "hin, voilà, comme toujours, on ne fait RIEN"... Et la plantonne sort pour revenir 5 minutes plus tard en annonçant qu'ils avaient rattrapé l'individu dans la rue et qu'ils l'avaient coffré. Le réac bredouille "ah, bon, pour une fois.." la dame baba-cool et moi on s'écroule de rire, du coup la plantonne nous demande de servir de témoins...
- Une maman venue porter plainte contre le père de son fils. Le môme ne voulait pas aller avec son père qui était venu le chercher. Le père avait insulté la mère et était reparti.
- Un couple - juifs d'Afrique du Nord - venus porter plainte pour quasiment le même motif. Ils s'agitaient comme des puces dans la salle d'attente et appelaient toute la famille sur le portable en disant (je caricature) "tu te rends compte, Maurrrriiiicce, on va passer Shabbat au commissariat"
- Une dame qui était là pour troubles du voisinage..
- Je vous passe les histoires les gens arrivés et repartis furax parce qu'ils en avaient marre de poireauter.
- Tout ceci entrecoupé de ballets de keufs en uniforme (certains pas mal du tout de leur personne, ma foi... Oui, bon, Ok, vous savez, moi l'uniforme ça me stimule) qui passaient avec des sandwiches et des cafés ou se barraient en week-end en gueulant un "salut, bon week-end" retentissant à travers la salle d'attente.
En laissant tout ce joli monde attendre qu'un agent de la force publique veuille bien prendre sa déposition.
Le tout à duré 3 HEURES - oui, vous lisez bien 3 HEURES au commissariat pour une déclaration de vol ! de 18 h à 21 h !
Chaque déposition dure environ 1/2 heure. Il n'y avait qu'un policier pour les prendre - car le commissariat central INTERVIENT, lui madame... Il a des priorités, lui, Madame...
A 20 heures, la situation s'est enfin débloquée... Pourquoi ? L'équipe de nuit arrive à 20 heures. Et LA il y a 4 policiers qui peuvent prendre les dépositions simultanément. Ne me demandez pas pourquoi LA NUIT et pas le jour.. Mystère...
Nous avons donc passé près d'une heure supplémentaire avec un policier -pas sexy du tout pour le coup - mais plutôt chauve et maladif, qui a pris notre déposition et nous a expliqué qu'il s'agissait d'une extorsion AGGRAVEE - parce que les aggresseurs étaient trois.
Donc si le mec te tue tout seul, c'est pas un crime aggravé parce qu'il était TOUT SEUL...
Nous avons fini la séance avec une identification de photos de suspects. Maintenant ce n'est plus les bouquins de photos c'est carrément informatisé et on peut faire des tris par appartenance ethnique, âge, taille, etc...
Magnifique !!! Ceci dit que ce soit sur ordi ou sur papier, sur les photos d'identité judiciaires, les gens ont toujours une aussi sale tronche. Tu voudrais pas qu'ils te coincent dans une rue sombre... A part un ou deux, hilares, parce qu'ils avaient dû prendre un truc.
Enfin, à 21 h, on est rentrés à la maison, épuisés et fourbus... 3 heures d'attente sur des chaises en plastique dur et j'avais l'impression d'avoir couru le marathon de Paris.. En sortant, il y avait autant de monde à attendre qu'au moment où nous étions partis pour faire notre déposition... J'ai eu une pensée émue pour les pauvres bougres qui allaient passer leur soirée au commissariat...
Et vous alors, vous avez déjà eu ce type d'expérience ?

11:58 Publié dans Les chroniques à Manu | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note
| Tags : commissariat, vol, flics, plainte |



