30.03.2010
Une femme aux cheveux châtains est une blonde modeste
En France, nous avons de très bons écrivains.
Bon, peut-être moins dans les décennies les plus récentes. Surtout si on considère les Lévy et autre Musso qui sont à la littérature ce qu'une boite de saucisses-lentilles est à la gastronomie.
Mais les américains nous expédient l'auteur de Twilight, on peut bien leur balancer nos merdes en retour.
Et des mauvais écrivains, après tout, il y en a toujours eu.
Et pourtant il y a bon, un excellent écrivain qui n'est pas assez considéré, enfin à mon sens : Frédéric Dard et son inoubliable Commissaire San-Antonio.
Oh, je sais, vous allez me crier "littérature de gare" ...
Et je vais vous répondre, que nenni..
Mais d'abord quelques mots sur l'auteur :
Né en 1921 dans l'Isère, Dard passe son enfance dans la région Lyonnaise. Après des études commerciales peu convaincantes, il est engagé comme stagiaire au journal "Le Mois de Lyon", il assume peu après un rôle de secrétaire de rédaction, puis de courtier en publicité. Ses premiers articles sont publiés anonymement dans le journal dès 1939. Enfin journaliste, le métier qui l'attire depuis longtemps, il passe à l'écriture à proprement parler et publie fin octobre 1940 son premier livre La Peuchère (une "nouvelle paysanne", ainsi que la qualifiera son éditeur Marcel Grancher), son premier vrai roman, Monsieur Joos, récompensé par le premier Prix Lugdunum décerné sur manuscrit lui apportant enfin en mars 1941 la notoriété.
Frédéric Dard écrit d'abord des livres pour enfants et des romans populaires pour nourrir sa petite famille, et rencontre aussi des écrivains repliés à Lyon. Sa notoriété commence à dépasser les limites de la capitale rhodanienne. Très influencé par le roman noir américain (Faulkner, Steinbeck et surtout Peter Cheyney), il se lie avec Georges Simenon, qui lui rédige une préface pour son livre Au massacre mondain. Il écrit alors des romans avec ses premiers pseudonymes pittoresques : Maxell Beeting, Verne Goody, Wel Norton, Cornel Milk, etc.
Sur un coup de tête , il part en 1949 s'installer aux Mureaux avec sa famille. Après quelques années de vache maigre, il connaît ses premiers succès d'écriture, au théâtre. C'est en 1949 que paraît Réglez-lui son compte !, roman policier signé San Antonio, et qui est un échec commercial. Il rejoint alors les éditions du Fleuve noir, où il va côtoyer Jean Bruce et Michel Audiard, et y publie deux romans : Dernière Mission, et le second San-Antonio, Laissez tomber la fille.
La notoriété naissante du Commissaire San-Antonio engendre le succès, qui, dès lors, ne le quittera plus. Dard écrit vite et beaucoup, au rythme de quatre à cinq ouvrages par an : romans policiers, romans d'espionnage ou d'épouvante, scénarios, adaptation de roman pour le cinéma, etc. L'aisance financière se double de démêlés orageux avec le fisc français.
En 1968, il prend la route de la Suisse avec sa nouvelle femme. Le couple se fait construire le « chalet San Antonio » à Gstaad.
Ils auront une fille, Joséphine, née en 1970 qui est aujourd'hui l'épouse de Guy Carlier. En mars 1983, Joséphine est enlevée quelques heures de leur domicile de Vandœuvres par un caméraman de télévision. Elle sera libérée contre le versement d'une rançon de 2 millions de francs suisses. Le ravisseur sera arrêté et la rançon récupérée, mais l'épisode a longtemps traumatisé Frédéric Dard.
Après une carrière bien remplie, il meurt le 6 juin 2000, à son domicile de Bonnefontaine, en Suisse. Frédéric Dard a écrit 288 romans, 20 pièces de théâtre et 16 adaptations pour le cinéma. La série des San-Antonio comporte 174 ouvrages.
Dans les années 60 ou 70, acheter un San-Antonio c'était, pour l'élite bien-pensante de l'époque acheter de la littérature de beauf. Sauf qu'un jour, en vacances, n'ayant rien à lire, on m'en a prêté un exemplaire et je suis tombée dedans les deux pieds en avant..
Pourquoi ? Il faut lire pour comprendre. C'est un univers fait de personnages et de mots. Les intrigues n'ont, somme toute que peu d'importance, même si elles sont bien menées. Plonger dans un San-Antonio c'est entrer dans un univers Rabelaisien où Dard joue avec le français comme d'autres jouent au football. C'est un délice de retrouver le commissaire, son acolyte l'inénarrable, crado et sage Bérurier, flanqué de sa femme, la gironde Berthe. Sans oublier le chef de San-A, le très rigide Achille, la maman du commissaire, Félicie ou encore son grand amour impossible, la nièce de Bérurier, Marie-Marie, la mutine.
Adeptes du bon goût et des manières, passez votre chemin.
Amoureux de la langue et de la truculence, vous ne pourrez qu'être séduits.
Car Dard invente, compacte, retourne, et - si j'ose - baise la langue française comme peu savent le faire. Il m'a influencé profondément dans l'utilisation de mots inventés ou détournés de leur usage, ou de mots triviaux et populaires mêlés à d'autres précieux ou recherchés.
Je l'admire profondément et j'aimerais un jour avoir le quart du dixième de son art pour faire valser le français.
Je trouve aussi qu'il n'est pas encore reconnu à sa juste valeur. Même si des linguistes et des universitaires commencent à se pencher sérieusement sur son oeuvre. Je crois même que quelques thèses de littérature ont été écrites sur les aventures du sexy commissaire..
J'espère qu'un jour ses écrits seront étudiés dans les écoles..
Euh, non enfin, pas dans les écoles tout de même... Le commissaire et son adjoint ont le sang chaud et trouvent sur le chemin assez régulièrement des jeunes femmes pas très farouches.
Mais si vous avez plus de 18 ans et que vous aimez vous envoyer en l'air avec un bouquin.... N'hésitez PLUS !
Et pour vous mettre en appétit... Quelques citations issues des San-Antonio ...
(bien évidemment le titre de ce billet en est une)
"Il y a plusieurs façons d'être con, mais le con choisit toujours la pire."
Description de Bérurier ""Ses oreilles en conques marines, ses tifs graisseux sous le bord du bitos effondré, son nez comme un projet de groin, son regard couleur de rubis, sa bouche en forme de sandwich, ses pommettes sous lesquelles on voit circuler le beaujolais."
"Les crêpes, c’est comme les français : elles retombent toujours du même coté"
"Le malheur est à l’art ce que le fumier est à la culture maraîchère"
"Avec le temps, certaines célébrités deviennent comme la Sibérie : on sait qu’elle existe mais personne ne veut y aller"
"Je me demande si la mort vaut vraiment le coup d'être vécue"
"Le sexe masculin est ce qu'il y a de plus léger au monde, une simple pensée le soulève"


06:00 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (37) | Envoyer cette note
| Tags : frédéric dard, san antonio |




Commentaires
Ecrit par : Me myself and I | 30.03.2010
Répondre à ce commentaireEcrit par : eddie | 30.03.2010
Répondre à ce commentairePar contre par erreur un jour j'ai emprunté un de ceux écrit par le fils, je trouve quel talent littéraire n'est pas héréditaire, en 30 pages je me disait qu'y avait un truc, c'est en regardant de plus près la 4 éme de couv que j'ai trouvé le truc, ben oui 1 génération...
Est ce que tu a vu le film avec Lanvin et Depardieu ? Habituellement je coince un poil sur les comédiens choisis pour reprendre un personnage littéraire mais là; depuis queje l'ai vu, j'ai bien du mal à ne pas visualiser Béru sous les traits de Depardieu lorsque je lis, pour Lanvin oui pourquoi pas, de toute façon celui là j'en ferai volontiers un 4 heure mais bon...
Bref San Antonio lisez en c'est bon !
Ecrit par : Cécile - Une quadra | 30.03.2010
Répondre à ce commentaireEcrit par : Nekkonezumi | 30.03.2010
Répondre à ce commentaireEcrit par : humour japonais | 30.03.2010
Répondre à ce commentaireEcrit par : Nicolas | 30.03.2010
Répondre à ce commentaireun très beau billet consacré à l'un des plus grands auteurs que l'on oublie souvent.
Merci et bonne journée...
Ecrit par : davydepoche | 30.03.2010
Répondre à ce commentaire@Eddie : quel dommage ! Il va falloir tout racheter !
@Cécile : non, le film je ne l'ai pas vu. J'ai une trop forte image mentale du commissaire et de Béru, ça coincerait je pense. Et les bouquins du fils je ne les ai pas lus non plus, mais reprendre l'oeuvre du père, surtout quand c'est un tel écrivain, n'est pas une chose facile de toutes manières...
@Nekkonezumi : allez hop, on s'y met..
@Humour Japonais : je n'ai pas tout lu, loin de là. Et pas celui-ci en tous cas. Mais si tu me le conseilles..
@Nicolas : je n'en doute pas une seconde.
@DavydePoche : je suis d'accord. Je trouve qu'on l'oublie trop souvent..
Ecrit par : emanu124 | 30.03.2010
Répondre à ce commentaireLa dernière citation est excellente (et très vraie).
Il y a aussi un vieux film de San Antonio "sale temps pour les mouches", avec Paul Preboist dans le rôle de Béru. Chéribibi a beaucoup plus aimé que le dernier avec Lanvin.
Ecrit par : Firemaman | 30.03.2010
Répondre à ce commentaireEcrit par : Petula | 30.03.2010
Répondre à ce commentaireEn tout cas un grand merci pour cette note littéraire sans vampire adolescent ni enquêteur suédois. ça change un peu....
Ecrit par : Océane | 30.03.2010
Répondre à ce commentaireEcrit par : juju | 30.03.2010
Répondre à ce commentaireEcrit par : Evilysangel | 30.03.2010
Répondre à ce commentaireEcrit par : emanu124 | 30.03.2010
@Pétula : oeuf corse ! (tiens je crois que c'est une expression San-Antoniesque au passage)...
@Océane : je t'en prie... J'avais envie d'en parler depuis un petit moment..
@Juju : aucun en particulier.. J'ai une tendresse particulière pour le standinge selon Bérurier que je montre en photo. Je crois que c'est celui-ci que j'ai lu en premier et qui m'a fait tomber dans le San-Antonisme.
Ecrit par : emanu124 | 30.03.2010
Répondre à ce commentaireEcrit par : ennA | 30.03.2010
Répondre à ce commentaireEcrit par : Virginie B | 30.03.2010
Répondre à ce commentaireEcrit par : MissBrownie | 30.03.2010
Répondre à ce commentaireEcrit par : Gazelle | 30.03.2010
Répondre à ce commentaireEcrit par : Sophie L | 30.03.2010
Répondre à ce commentaire@Virginie : fonce ! Tu vas adorer.
@MissBrownie : je suis ravie de te l'avoir fait connaitre..
@Gazelle : d'accord. Construisons dans deux mois, donc.
@Sophie L : il faut ! il faut absolument...
Ecrit par : emanu124 | 30.03.2010
Répondre à ce commentaireEcrit par : Anne (Papilles et Pupilles) | 30.03.2010
Répondre à ce commentairePrépare ton sac à vomi mais...j'aime bien Levy muah ;)
Ecrit par : lauvergnate | 30.03.2010
Répondre à ce commentaire@Lauvergnate : euuuuuurkkk.. Faut lire autre chose... Viiiiittte...
Ecrit par : emanu124 | 30.03.2010
Répondre à ce commentaireEcrit par : Fr@mboize | 30.03.2010
Répondre à ce commentaireEcrit par : emanu124 | 30.03.2010
Ecrit par : Kahlan | 30.03.2010
Répondre à ce commentaireEcrit par : Virginie B | 30.03.2010
Répondre à ce commentaireEcrit par : flou | 30.03.2010
Répondre à ce commentaireun régal!
Et les titres "fleur de nave vinaigrette", "mets ton doigts où j'ai mon doigt", "remts ton slip gondolier", "mon culte sur la commode", j'en passe et des meilleures!
Le commissaire t'as envie de le croquer :-D
Ecrit par : pivoine | 30.03.2010
Répondre à ce commentaire@Virginie : j'ai vu ! J'ai lu ! J'ai commentu !
@Flou : les maximes de Frédéric Dard sont toujours savoureuses !
Ecrit par : emanu124 | 30.03.2010
Répondre à ce commentaireEcrit par : emanu124 | 30.03.2010
Répondre à ce commentaireLe regard horrifier de ma prof de latin en 5eme...
Et mon meilleur plan drague en Italie..j'explique suis dans le train avec mon San Antonio et là rentre la bombe masculine du moment genre beau brun bâti comme un dieu Grec le sourire ravageur et qui pour entamer la conversation me fait "ma soeur aussi est très croyante...." et là sur le coup les bouquets de violettes..enfin je vais pas vous faire un dessin hein...
Frédérique Dard meilleur que la série Harlequin sur ce coup là lol
Ecrit par : Sublime | 31.03.2010
Répondre à ce commentaireEcrit par : Sublime | 31.03.2010
Répondre à ce commentaireEcrit par : emanu124 | 31.03.2010
Répondre à ce commentaireEt qui me rappelle qu'à l'armée, voilà fort longtemps, un compagnon de chambrée m'en avait prêté un et j'y avais pris gout (on parle de livre là, je précise!!!) ...et que je m'en étais fait toute une série pendant un an ou deux (on parle toujours de livres...)
Et sur les 174, il m'en reste beaucoup.
Bonne suggestion... Merci
Ecrit par : san arpenteur | 01.04.2010
Répondre à ce commentaireEcrit par : emanu124 | 01.04.2010
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