27.04.2012
Cadavre exquis
Petite j'adorais ramasser les pétoncles.
C'était fou, on larguait les amarres et on oubliait tout.
On mettait nos cirés jaunes, nos bottes en caoutchouc et on passait des heures dans le vent, la pluie, sans voir passer les heures. On remplissait des seaux entiers qu'on ramenait à la maison avec mon frère.
Maman nous attendait au nid. "Vous êtes vraiment deux pommes" nous criait-elle ! Regardez comme vous êtes trempés. "Vous allez attraper la crève et je vais être obligée de vous soigner pendant des jours, je n'ai vraiment pas que ça à faire en ce moment".
Maman s'énervait rapidement. Mais elle arrêtait, tout aussi rapidement. Et nous frictionnait avec une serviette chaude. Avant de nous faire un chocolat et de partir mettre les pétoncles dans des petits sacs plastiques qu'elle enfournait dans le tiroir du bas du congélateur.
Et qu'elle oubliait.
Comme le reste.
On faisait avec.
Ces petits oublis sont devenus des moyens, puis des oublis de plus en plus grands.
Un jour elle a oublié de s'habiller pour sortir. Et puis juste après qui elle était.
Elle nous a oublié, aussi avec le ramassage des pétoncles, la pluie, le vent, les cirés jaunes, les bottes en caoutchouc, les serviettes chaudes et le chocolat.
Elle est partie avant de partir. On a pas pu la retenir.
On s'est sentis pommes. Comme toujours.
Sur un défi mot de Sandlablonde (les mots en violet)
06:00 Publié dans Les chroniques à Manu | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : défi mot, cadavre exquis |
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