16/10/2012
Le mur du çon
(Titre emprunté à l'une de mes sources d'inspiration majeure : le Canard Enchaîné. Le journal qui prouve qu'on peut traiter de sujets sérieux avec humour)
Tu le sais, amis lectoral, je ne m'énerve que très rarement.
Une fois toutes les 15 secondes en moyenne.
Et sur des sujets qui en valent souvent la peine comme le jaune couleur de l'hiver, les community managers qui nous font des misères, l'augmentation des croquettes pour les chats ou le diable qui s'habille en Dior alors que normalement c'est en Prada.
La faim dans le monde, c'est mineur, on est bien d'accord.
(Si tu passes pour la première fois par ici, je te rassure, parfois je m'énerve aussi à bon escient - surtout si escient est blond, suédois et musclé)
Donc, ce week-end un frappadingue avait décidé de prouver que l'homme peut voler à la vitesse de la lumière, se transformer en torche humaine et atterrir à l'aide d'un parachute après avoir sauté d'une capsule stratosphérique.
Bien.
Si le gars joue avec sa vie, tant que ça ne dérange personne à part le risque de se transformer en barbecue interstellaire, pourquoi pas.
Chacun fait ce qu'il veut de sa peau.
Mais que l'ensemble soit transformé en énorme opération marketing polarisant les réseaux sociaux, youtube, les médias et le reste du champ de l'information...
Surtout au profit d'une SALOPERIE DE BOISSON qui FLINGUE les gens et qui LOBBYISE pour que ses méfaits soient largement MINIMISES ??
Excuse-moi de ne pas partager la liesse générale. Et de ne pas m'extasier sur l'exploit du fou volant et de sa capsule.
1/ Je n'en ai strictement rien à cirer que le gars cherche à passer le mur du son en combinaison michelin pour se faire des sensations fortes.
2/ lL prétexte de l'expérience scientifique derrière me laisse assez dubitative.
3/ Laisse-moi te rappeler 2 minutes la stratégie de Red Bull.
Le fondateur, Dietrich Mateschitz est l’homme le plus riche d’Autriche et la 193e fortune mondiale avec 3 milliards de dollars, selon le magazine Forbes. Un tour de force pour une marque si jeune née dans les années 80, dont la boisson n’est distribuée en France que depuis 2008, et déjà dans le Top 100 des marques qui valent le plus à travers le monde, selon un récent classement.
Comment a-t-elle obtenu ce résultat ? A coup de sponsoring forcené. "Le groupe devient une marque évènementielle et expérientielle plus qu’un fabricant de boisson énergisante", décrypte Boris Helleu, professeur à l’Université de Caen et spécialiste de marketing et d’économie du sport professionnel. Le groupe dépense au bas mot 30% de ses revenus pour booster sa notoriété. Outre l’obtention en F1 du titre de champion du monde des constructeurs pour la seconde année consécutive, il a également remporté un nouveau titre de champion du monde des rallyes en s’associant avec Citroën. Et est engagé dans le football avec les Red Bulls de New York ou le Red Bull Salzbourg.
Evidemment toute cette jolie stratégie vise les jeunes adultes en quête de repères, de fête et de branchitude.
En minimisant les effets potentiels de la boisson, encore mal connus.
Red Bull est censé contenir de la taurine, une substance détectée pour la première fois à la fin des années 1950 dans la bile du taureau. Sauf que la taurine incorporée dans la boisson est synthétique et ne provient absolument pas du taureau.
Après un effort physique extrême, le corps ne produirait plus les quantités de taurine exigées, et il en résulterait une insuffisance. Red Bull joue sur cette incertitude en affirmant que son produit non seulement donne de l’énergie, mais «favorise l’intelligence et la concentration». Des études récentes ont prouvé qu’il existe de réelles interactions entre la taurine et l’alcool – d’où la popularité du cocktail vodka Red bull dans les boîtes de nuit.
La taurine a été identifiée comme étant un neuro-transmetteur, soit une substance qui favorise les transmissions entre les neurones dans le cerveau, et aurait en plus un effet de désintoxication et de renforcement de la contractilité cardiaque, mais les effets concrets de la taurine sur l’organisme restent peu clairs.
"Aucune étude scientifique n’a été réalisée sur ce produit" explique Jacques Diézi, professeur de pharmacologie à l’Université de Lausanne.
Tiens tiens.
Ca me rappelle vaguement quelque chose.
La stratégie des cigarettiers dans les années 70/80, ça ne te dit rien, jeune padawan, tu n'étais pas encore né.
Pourtant, les F1 décorées de "Camel" et autres "Marlboro", les soirées en boite, le sponsoring à outrance d'évènements jeunes et branchés, tout pareil.
On sait depuis ce que cette stratégie cache.
Alors évidemment, voir les médias du monde entier polarisés sur un évènement sponsorisé par une marque telle que celle-ci, tu peux comprendre que ça m'irrite un poil les synapses.
Au-delà de l'exploit sportif potentiel, que je ne remets pas en cause, mais dont, encore une fois, je me contrecogne totalement pour ma part, je me désole qu'une stratégie marketing aussi rouleau compresseur polarise des médias alors qu'il y a tellement d'autres sujets bien plus graves dont on ne parle jamais.
C'est probablement très cliché comme réflexion.
Mais peu importe, j'assume.
J'attends les résultats des soit-disants programmes de recherche menés derrière cette opération avec la plus grande impatience et de pied ferme.
Si, si. (et je ricane dans mes dents)
Tu te rappelles le proverbe chinois "Quand le sage montre la lune, le fou regarde le doigt" ?
Je pense que dimanche on nous a montré la lune pour nous cacher le doigt.
Le doigt dressé.
Bien verticalement.
Sources et emprunts de textes : 20 minutes et dangers santé.org
A lire aussi : Red Bull, le grand ami du sport dans La Tribune

(Oui, oui, la photo est superbe, je le reconnais. Mais parfois j'aime bien regarder DERRIERE la photo)
06:00 Publié dans Les chroniques à Manu | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : red bull, felix baumgartner, saut, espace |
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